Les mauvaises raisons qui nous empêchent de nous séparer des livres

« Un lecteur en use avec les livres comme un citoyen avec les hommes. On ne vit pas avec tous ses contemporains, on choisit quelques amis. »

Voltaire, Conseils à un journaliste

booksPour beaucoup de personnes (dont j’ai fait partie), se séparer de ses livres est une chose qui ne va pas de soi. Faire un pas vers plus de simplicité, adopter une attitude plus minimaliste est souvent acceptable quand il s’agit de réduire sa collection de serviettes de toilettes, de bibelots, sa vaisselle ou, à la limite, sa garde-robe. Mais dès que l’on touche aux livres, une barrière mentale s’érige.

  • Les livres sont mes amis. Allez, soyez francs: À part Orgueil et Préjugés (Le Seigneur des Anneaux si vous êtes un homme), dont vous entamez la quatorzième lecture, combien des livres que vous possédez avez-vous relu (ou comptez-vous réellement relire un jour) ? Si vous fréquentez vos amis aussi assidûment que ce livre qui traine dans votre bibliothèque et que vous n’avez pas ouvert depuis 15 ans, ils vont vite vous le reprocher. La lecture est votre amie, mais les livres ne sont que des objets. Si un jour vous voulez relire un livre que vous avez débarrassé, rachetez-le, je suis prête à parier que cela ne vous ruinera pas, ou mieux, empruntez-le à la bibliothèque ! (En 10 ans j’ai racheté 2 livres dont j’ai regretté de m’être débarrassé trop promptement, en comparaison aux centaines qui n’encombrent plus mes étagères et que je ne regrette pas, cela n’est pas grand chose…)
  • Mes enfants les liront quand ils seront grands
    Qui vous dit que vos enfants partageront un jour vos goûts littéraires, ou qu’ils auront envie d’ouvrir un vieux bouquin jauni bien moins sexy qu’une tablette via laquelle des milliers d’ouvrages (à leur goût) sont à portée de clic ? Mon conseil : gardez quelques très bons bouquins, des classiques (le reste se démode), savamment choisis (5 ou 6, pas plus) et mettez-les dans leur chambre, sur leurs étagères, tout en haut, presque inaccessibles. Qui sait? Un jour d’ennui, d’interdiction de jeux vidéos ou de panne d’électricité, ils auront peut-être la curiosité d’en ouvrir un. Qui suffira à leur insuffler le goût des livres… L’amorce sera faite, et pour le reste, ne l’oubliez pas, le monde littéraire est à portée de clic, et beaucoup de classiques y sont disponibles gratuitement…
  • On ne sait jamais… Je pourrais en avoir besoin un jour, les prêter, etc. « On ne sait jamais » est l’argument qui conduira à votre perte. C’est le leitmotiv des hoarders du monde entier, vous savez, ces gens qui ne jettent jamais rien et dont la maison est impraticable. Si vous devez les prêter, ne les prêtez pas, mais donnez-les, maintenant, là, tout de suite. En si un jour, par hasard, vous cherchez ce livre traitant de ce langage informatique que vous vous êtes promis d’apprendre un jour, il sera probablement obsolète !
  • Les livres dans mes étagères montrent à mes visiteurs que je suis une personne cultivée. Ah, que ne ferait-on pas pour le regard des autres! Si les gens qui viennent chez vous vous jugent aux livres qui sont sur vos étagères, peut-être qu’en plus du tri de vos livres, il faudrait aussi revoir votre collection d’amis… Une personne cultivée n’a pas besoin de montrer ses livres: ne faites pas de vos livres une béquille pour l’estime de soi.

Suscitez l’intérêt des autres par ce que vous êtes, pas par ce que vous possédez…

Défi: trois mois sans acheter de livres

“Il est plus facile d’acheter un livre que de le lire”
William Osler

LivresJe suis (ou plutôt j’étais) une acheteuse compulsive de livres . Si je n’achetais et lisais que trois livres par an, ce défi n’aurait aucun sens. Je lis beaucoup : mais, il faut bien l’admettre, j’achète plus de livres que je n’en puis lire.

Et vous, qu’achetez vous plus que vous ne consommez ? Du maquillage périmé avant d’avoir pu être utilisé? Des vêtements qui portent encore l’étiquette après six mois dans l’armoire ? Des jeux-vidéos qui s’accumulent sans être joués?

Trois mois sans acheter de livres veut dire s’attaquer enfin à ces piles de livres amassés au cours des années et faire le bilan de mes habitudes de lectrice : oui, j’ai accepté qu’on me donne, et pire j’ai parfois acheté, des livres qu’à la réflexion je n’ai pas du tout envie de lire. Ni aujourd’hui, ni jamais…  Exit ces romans qui ne me tentent pas, ces biographies qui m’ennuient d’avance… Avec les années, les goûts s’affinent et on sait, au fond de soi, ce qu’on veut lire et ne pas lire…

Après réduction drastique et impitoyable du stock (et son lot d’autoflagellation nécessaire, « mais pourquoi ais-je donc acheté ce livre ? »), restent les livres que j’ai réellement envie de lire, même si pour une raison ou une autre, j’en avais repoussé la lecture à plus tard…

Le bilan de cette expérience est très positif : mes étagères s’allègent (selon le principe qu’un livre lu est fait pour circuler et trouver d’autres lecteurs, sauf exception pour les livres qui m’ont marquée au point que je souhaiterais les relire, mais ils sont peu), et en plus j’ai fait quelques très bonnes découvertes au passage… Il y a aussi quelques déceptions, et mêmes quelques livres abandonnés en route, mais ce n’est pas grave, ça fait partie du jeu !

Finalement qu’ais-je loupé en n’achetant pas au gré de mes envie et des sorties littéraires? Pas grand chose… Le dernier roman de mon auteur préféré attendra… et sera toujours disponible lorsque je n’aurais plus rien à lire !

Je prolongerais volontiers l’expérience trois mois de plus (mon stock est encore loin d’être fini), sauf que j’ai reçu en cadeau un bon qui expire dans trois mois, et que je vais bien être obligée de me remettre à acheter… un peu. Mais je vais désormais poursuivre la tendance, qui est de lire ce que j’ai avant d’acheter autre chose, et surtout, à l’avenir, d’acheter mes livres un par un,  et de remettre les autres achats à plus tard (ceci est d’autant plus facile depuis l’invention du livre électronique)…

Je ne veux plus de PAL (pile à lire), je vais décider au fur et à mesure ce que j’ai envie de lire ensuite. La PAL que je pourrais constituer aujourd’hui ne reflètera peut-être pas mes envies de lecture de demain. Les goûts changent…

Et vous, pouvez-vous passer trois mois sans acheter ce sur quoi passe une grande partie de votre budget, et utiliser pour un temps ce que vous avez déjà ? Êtes-vous prêts à relever le défi ?